Nous sommes nés dans un monde en plein boom industriel, dans lequel la plus-value globale – du moins en Occident – augmentait au rythme de l’accroissement de la production, des progrès scientifiques et technologiques, des nouvelles possibilités de distribution logistique. Dans ce monde, le marché intérieur devait être soutenu de toutes les manières possibles, car la production croissante avait besoin d’acheteurs, et la classe ouvrière, qui était fondamentale pour garantir cette croissance, avait un pouvoir de négociation extraordinaire. C’était un monde de citoyens, persécutés par deux gigantesques puissances supranationales (les États-Unis et l’Union soviétique), qui décidaient des peuples étrangers sans leur donner le moindre choix ni le moindre vote, qui faisaient et défaisaient les gouvernements, qui torturaient et tuaient les âmes critiques, qui faisaient entrer les tanks dans la rue et vous envoyaient dans un goulag ou dans un camp de rééducation à Guantanamo.
Puis vint 1973, et ce monde prit fin – à l’Est comme à l’Ouest. Gerald Ford remplace d’abord Spiro Agnew, puis Richard Nixon, emporté par le scandale du Watergate. De nombreux pays plus faibles ont connu des changements de régime violents (Chili, RDA, etc.). En Italie, en Allemagne et dans d’autres pays européens, les années de plomb ont commencé, tout comme les années de Gladio. La représentation syndicale, pour diverses raisons, est entrée en crise. De cette crise est né un nouveau monde, celui de la finance, qui crée de l’argent à partir d’argent, indépendamment de la production. On a dit aux gens que c’était nul d’être conscient